LETTRE OUVERTE
Besançon, le 7 janvier 2021
à Madame Anne VIGNOT
Président de Grand Besançon Métropole

Objet: Accord européen pour le climat et RN 57

Copies à :

  • Madame Marie-Guite DUFAY, Présidente du Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté
  • Madame Christine BOUQUIN Présidente du Conseil Départementale du Doubs
  • Madame Anne VIGNOT, Maire de Besançon
  • Monsieur Fabien SUDRY, Préfet de Bourgogne Franche-Comté
  • Monsieur Joël MATHURIN, Préfet du Doubs
  • Monsieur Jean-Pierre LESTOILLE, Directeur de la DREAL Bourgogne Franche-Comté
  • Presse


Madame la présidente

En décembre 2020, les pays européens se sont enfin accordés pour une baisse d’au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre en moins de 10 ans. Bientôt, les Etats-Unis vont rejoindre de nouveau l’accord de Paris sur le climat. Une pandémie traverse notre monde et amène aussi à des demandes de changements radicaux.

Au même moment, plusieurs articles sur le projet d’élargissement de la RN 57 entre Beurre et l’Amitié à Besançon sont parus dans l’Est Républicain des 14 et 15 décembre 2020 (d’autres par la suite dans La Presse Bisontine). Dans l’un d’eux, il est question d’utiliser une partie du budget du plan de relance Etat-Région pour financer ce projet. Nous sommes profondément étonnés de la relance dece projet à un moment où les derniers mois nous ont vivement confirmé l'impérieuse nécessité de changer nos pratiques. Qui n'a pas souhaité et/ou entendu souhaiter que le monde d'après ne soit plus celui d'avant ?

Dans ce contexte, GBM ne donnerait-elle pas un bien mauvais exemple en persistant à engager l’argent public (120 Millions d’Euros annoncés) dans l’élargissement d’une infrastructure routière dont l’utilité dans les années à venir risque fort d’être remise en cause par la nécessaireréduction du trafic. N'en serait-il pas de même pour le Conseil régional s'il utilisait aussi l’argent du plan de relance, dont une partie importante vient de l’Europe, pour un tel projet climaticide ?

Nous souhaitons que l’année 2021 soit le début de ce «Monde d’Après» tant réclamé par une grande partie de nos concitoyens et dont la Convention citoyenne pour le Climat s’est faite l’écho. Nous le savons tous, à des degrés différents, nous vivons un moment unique dans l’histoire de l’humanité. Si nous n’agissons pas dès maintenant et de manière forte, notre société risque fort de s’effondrer, suivant ainsi la biodiversité. A tous les niveaux, nous devons être exemplaires, de l’individu à la collectivité territoriale, de la nation au monde afin d’éviter le drame qui se profile.

Il nous faut plutôt réfléchir à comment investir dans d’autres projets (voir nos propositions ci-dessous) pour lutter contre le changement climatique, participer à la transition écologique au profit detous. Non pas faciliter la circulation routière, mais plutôt faire en sorte qu’il y ait moins de véhicules qui circulent. Comme vous le savez, les transports sont le plus gros émetteur de GES. Si nous voulons réellement participer à l’atteinte de l’objectif de baisse de 55% des GES dans 10 ans en Europe, il est impératif que la circulation automobile diminue, à Besançon comme ailleurs. La circulation sur la RN 57 devra, en conséquence, considérablement réduire. De ce fait, à quoi auront alors servi les 120 Millions d’Euros investis dans un élargissement routier devenu obsolète en moins de 10 ans, parce que surdimensionné?

En outre, parier aujourd’hui sur l’échec de cette ambition européenne de réduction des GES est-il moralement acceptable? C’est pourtant ce que nous ferions en réalisant ces travaux. Le prétexte qu’ils’agit du dernier tronçon de cette route à élargir ne pèse plus face à l’urgence climatique et nous ferait persévérer dans les erreurs de choix passés. Ce serait contribuer à la catastrophe planétaire qui se profile déjà.

Bien sûr, nous souffrons tous lorsque nous sommes pris dans des embouteillages, d’autant lorsquecela est quotidien. Mais aujourd’hui, la réponse ne peut plus être de tenter de fluidifier un trafic routier en ajoutant des infrastructures coûteuses, mais bien au contraire de le réduire en offrant des alternatives multimodales et en organisant mieux nos déplacements. La quasi-totalité des territoires seront confrontés à de tels choix.

Avant de prendre une décision aux conséquences définitives, il nous parait nécessaire de travailler sur des solutions alternatives, telles par exemple :

  • Faire de la gare ferroviaire de Saône un lieu de mobilité multimodale, avec parking relais proche de commerces, augmentation des navettes ferroviaires vers le centre-ville de Besançonet les gares (Mouillère, Viotte, Auxons et pourquoi pas une future gare à Planoise), avec aussi des bus fréquents pour l’ouest bisontin.
  • Créer un parking relais à Larnod également avec des liaisons bus fréquentes.Augmenter fortement les liaisons régionales en transports en commun (Trains et bus) entre les villes avoisinantes.
  • Détourner une partie du trafic poids lourd (et si possible automobile) de la RN 57 à l’autorouteA36.
  • Encourager le covoiturage par la création ou l’amélioration de sites Web dédiés et la réalisation de parkings d’embarquement confortables et attractifs dans tous les villages.
  • Rendre attractif les commerces de proximité et encourager les courses groupées si nécessité de déplacements.
  • Encourager les déplacements cyclistes en construisant et sécurisant des pistes cyclables et en aidant à l’achat de vélos.
  • Mettre des stations de voitures partagées comme Citiz dans tous les villages.
  • Travailler sur les plans de déplacements d’entreprise, les notions de mobilité et de temps.
  • Le développement d’un télétravail mesuré et choisi dans les entreprises.
  • Penser un autre aménagement du territoire, respectueux de l'environnement par la réhabilitation de l'existant et l'utilisation de zones déjà artificialisées, qui n’encourage pas les gens à aller habiter loin de leurs lieux d’activités (ce que ferait la fluidification du trafic sur la RN 57) et évite ainsi les lotissements dortoirs et champignons qui artificialisent des terres agricoles et défigurent nos campagnes.

Comme beaucoup de scientifiques et d’associations protectrices de l’environnement, FNE 25-90 adépassé le stade de l’inquiétude pour l’avenir de notre planète et celle de l’humanité. Nous sommes catastrophés par la situation. C’est une insistante requête que nous adressons ici à GBM, de renoncer à ce projet, inutile à court terme, d’élargissement de la RN 57.

Nous nous tenons à votre disposition pour une rencontre, si vous le souhaitez, comme à celle de tout autre destinataire en copie de ce courrier.

Nous vous prions d'agréer, Madame la Présidente, l'expression de notre respectueuse considération

Gérard GROUBATCH, Président
Gilles Benest, Vice-Président

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