Joël Giraud, secrétaire d’Etat chargé de la ruralité, est venu à Frasne, ce mardi 16 mars, à l’occasion de l’évènement SUERA sur « la transition des stations dans le cadre du changement climatique ». Voici ce que notre fédération lui a fait entendre :

Vous nous demandez, monsieur le Ministre, de nous préparer à la transition écologique. Enfin !

Mais que voulez-vous : une prospective ou une prévision ?

L'évolution du climat planétaire passe progressivement du prévisible (on est alors dans la prospective) au prévu (on arrive dans la prévision). Enfin !

Les inconnues restent cependant nombreuses : qui n'a pas entendu Météo France annoncer que la température ou la pluviométrie du jour n'est pas conforme "aux normes de saison" ? C'est pourtant ce qui se passe actuellement : les normes changent compliquant les prévisions.

Chacun le constate à son échelle.

Ces réflexions sont nécessaires quand on sait l'importance du "temps" sur l'activité touristique.

Ici, dans notre montagne jurassienne, un programme d'aménagement important avait été envisagé de construire une serre tropicale à des fins touristiques : l'objectif était de contrer la réputation de froid.

Ce n'est certainement pas à ce genre d'aménagement que vous pensez, monsieur le Ministre, pour votre plan d'investissement…… du moins nous l'espérons. Mais peut-être pensez-vous à des aménagements étiquetés plus écologiques, tel, dans le département voisin, l'important projet de "village de vacances" non encore abandonné par son promoteur. Nous ne le souhaitons pas non plus.

Le tourisme n'a pas besoin d'aménagements importants, et surtout pas de nouvelles constructions. Et notre massif jurassien certainement moins que d'autres, du simple fait de la richesse de son capital existant. Ce dernier est à préserver, parfois à restaurer : c'est là que les investissements sont à faire. Quelques exemples :

  1. "restaurer" : notre montagne était mondialement connue pour la qualité des eaux de ses rivières, générant un tourisme de pêche important. De nombreux articles de presse ont lourdement terni cette belle réputation, avec les conséquences économiques afférentes. Ce n'est pas sans raison : nombre d'études le démontrent amplement. Le retour d'une belle qualité des eaux passe par une amélioration des systèmes d'épuration des eaux usées, qu'il s'agisse d'eaux domestiques ou industrielles, de traitement collectif (STEP) ou individuel (SPANC).

  2. "préserver" : c'est garder le bon état de nos écosystèmes (c'est-à-dire ne pas y injecter de substances toxiques), de nos paysages (ne pas détruire ce qui en fait l'originalité). C'est développer les énergie renouvelable locale pour réduire les émissions de GES (exemple capteurs solaires sur les toits). Restaurer et préserver c'est respecter le milieu d'accueil naturel et humain ; c'est s'assurer de la meilleure capacité d'accueil (les paysans diraient la capacité de charge) du territoire, donc s'assurer de sa plus forte aptitude à la résilience.

On ne peut pas, artificiellement, augmenter indéfiniment la charge d'un milieu naturel…… à moins de s'orienter vers ces stations de tourisme de masse dont on a vu l'impact écologique. Là, les investissements pour la transition ne seront probablement pas supportables.

En montagne, la transition commence par le profond respect des milieux d'accueil dans leurs composants naturels autant que dans leurs composants humains.

Ce que je vous dis là vaut pour tous les massifs, le nôtre en particulier : la demande en tourisme connait une forte évolution actuellement.

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