Le Gouvernement a annoncé un soutien massif à de grandes entreprises « fleurons de l’industrie française ». Ces aides qui pourront soit faire l’objet d’un versement direct, soit d’un prêt à taux réduit, soit d’une montée au capital de l’Etat, concerneront principalement les grands groupes que sont AIR FRANCE (7 Mds € - somme équivalente au déficit annoncé antérieurement), RENAULT (3 Mds) €, PEUGEOT (3 Mds €), ADP, ACCOR, ainsi qu’à leurs filiales (2 Mds €) et à d’autres.

Il est vrai qu’en raison de la crise sanitaire actuelle, ces entreprises ont vu leurs ventes chuter de manière considérable et sont en grande difficulté. Personne ne peut souhaiter que ces grandes Sociétés risquent le dépôt de bilan, le rachat par des groupes étrangers. Pour autant, peut-on admettre que ces aides soient versées sans contreparties ?

Car si aucune condition ne leur est imposée ces grandes Sociétés, qui n’ont le plus souvent comme objectif que leur développement à l’international et une rémunération maximum de leurs actionnaires, continueront de se livrer aux mêmes pratiques contestables : des délocalisations à la recherche des plus bas coûts, des licenciements massifs dans l’hexagone pour recruter dans des pays à salaires réduits, des activités souvent très polluantes,…

Certes, RENAULT a annoncé une baisse de 25 % de la rémunération de ses dirigeants et à ne pas verser de dividendes au titre de l’exercice 2019, mais d’autres n’ont, semble-t-il pas envisagé le même type de décisions.

Ces aides ne devraient-elle pas être assorties de conditions visant à préserver l’intérêt national : arrêt des délocalisations, moratoire sur les licenciements, forte réduction ou cessation du versement de la part variable des salaires des dirigeants ?

Et surtout, cette crise et ces aides ne devraient-elles pas être l’occasion de réorienter les activités industrielles et de transport vers des activités moins polluantes.

Aujourd’hui, les transports aériens bénéficient de conditions extraordinairement avantageuses : kérosène détaxé (pas de TICPE), pas de TVA sur les vols internationaux, subventions des collectivités locales pour de nombreux aéroports secondaires. Or, le transport aérien est fortement polluant. Ne devrait-on pas saisir l’occasion qui est offerte à nos dirigeants pour maitriser et réduire ce trafic, en interdisant les subventions aux compagnies low cost, en supprimant les vols courts, en alignant les taxes sur le kérosène sur la taxation du carburant des véhicules terrestres et sur l’alimentation électrique des trains ?

Concernant les firmes automobiles, les véhicules qu’elles produisent, et donc le parc actuel, sont alimentés essentiellement par le gaz-oil ou l’essence, 2 carburants fortement émetteurs de CO2 et de particules fines. Ne serait-ce pas l’occasion d’imposer aux constructeurs nationaux de remplacer progressivement leur production actuelle par des véhicules électriques (bien que ce mode de propulsion ne soit pas exempt de pollution) ?

En résumé, voudra-t-on pour demain le monde d’avant ? Voudra-t-on à l’avenir un monde dans lequel la course au profit des grandes entreprises prend le pas sur la qualité de la vie de la population, sur la qualité de l’environnement ? La crise actuelle, la situation à laquelle nous sommes confrontés, les aides aux grandes entreprises en difficulté, doivent être une opportunité pour nos dirigeants de réorienter leur stratégie en matière de productions industrielles, et de modes de transports, et pour nous-mêmes de réfléchir au monde dans lequel nous voulons vivre demain.

C.Demouge, FNE 25-90

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